Une vie sans droits – A life with no rights

(English version below the pictures)

L’équipe Mapping for Niger, à l’occasion du Blog Action Day, a rendu visite à l’Association Timidria. Les efforts infatigables de cette association nigérienne pour abolir l’esclavagisme au Niger méritent le respect et la reconnaissance. Et comme cartographe on n’a pas oublié de faire une chose importante : les mettre sur la carte du Niger.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 reconnait que ‘tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits’. Ici, au Niger, non seulement sommes-nous encore loin de cela, mais aussi certains d’entre nous – beaucoup plus que l’on n’aurait pensé -vivent dans une réalité inimaginable, dans l’esclavage moderne.

L’Association Timidria, qui veut dire fraternité-solidarité en Tamasheq, couvre tout le territoire nigérien et lutte contre l’esclavagisme depuis 1991 avec des résultats impressionnants, malgré le fait que le gouvernement reste plutôt inactif dans sa politique de protection. En effet, les problèmes de financements et les processus lents des tribunaux freinent souvent l’action.

Au Niger, malgré que l’esclavage ait été aboli en 1960, la pratique persiste. Selon l’enquête nationale menée par Timidria en partenariat avec Anti-Slavery International en 2002, le nombre d’esclaves pouvait décompter jusqu’à  800 000 dans un pays de 11 millions d’habitants à l’époque. D’autres enquêtes donnent une estimation plus prudente, mais pourtant choquant avec 180 000 personnes vivant en esclavage, ou selon le recensement de 2002, 43 000 personnes. La recherche a mis pression sur le gouvernement pour criminaliser cette pratique. Une loi a été adoptée en 2003 avec une peine de prison maximale de 30 ans. En 2008, avec l’assistance de Timidria, Interights et Anti-Slavery International, la Cour de justice de la  CEDEAO dans le cas de Hadijatou Mani Koraou, victime de l’esclavage,  a trouvé l’état nigérien responsable par l’inaction de ses autorités administratives et judiciaires dans leur devoir de la protéger et lui a accordé une indemnité forfaitaire de dix millions de francs cfa (15.200 EUR)

Mais essayez d’imaginer les vies des esclaves derrière ces chiffres…

L’esclave sert à toutes les tâches. Il cultive les champs de son maître, s’occupe des corvées d’eau, et garde les animaux de l’aube jusqu’au coucher du soleil (et souvent encore plus longtemps). Il est considéré au rang d’un animal lui-même. Il ne possède aucun bien et peut être vendu à tout moment. L’esclave est acquis par plusieurs manières : capturé suite à une expédition guerrière ou par des groupes armés, à travers l’achat ou le troc des personnes, ou même l’héritage parental. Pour 200 000 CFA (300 EUR) on peut s’en procurer de son service à vie.

Sa vie est tragique et confrontée à des énormes problèmes. Il n’a pas de droits fonciers  ou droits d’héritage et même quand il est mort, il n’a pas droit d’être enterré dans le même cimetière que ses maîtres. Il n’a pas de droits d’opinion, il ne peut se marier qu’avec une personne de même statut et il est soumis à des violences physiques, sexuelles et morales. Entre les exemples notés de mauvais traitements, il peut être : giflé, insulté, enchaîné, ligoté sous le soleil ou même jeté dans un puits, déshabillé devant la famille….

Cette pratique est liée au fait de méconnaissance des droits et devoirs, ce qui fait en sorte qu’ils continuent de vivre dans cette oppression. L’inégalité sociale, culturelle et religieuse -que l’on croyait avoir –surmontée depuis le lendemain de la colonisation- persiste et alimente l’esclavagisme jusqu’á nos jours, malgré les efforts  de plusieurs organismes et associations. Souvent l’esclave considère son maître comme ‘un petit Dieu sur terre’ et pense que la désobéissance à son maître peut le conduire à de malédiction, au mauvais sort, à l’enfer, bref tout ce que l’esprit humain peut considérer comme une peine morale. Si on ne connaît pas nos droits, si on ne voit aucune possibilité de s’en sortir de la situation, si on a toujours vécu pour servir un autre, on ne peut concevoir que notre vie pourrait être différente …

C’est à ce moment qu’on a le plus grand besoin d’aide et d’assistance. On espère que nos politiciens reconnaissent cela et font de leur mieux pour accélérer plutôt que de tarder davantage de cette disgrâce nationale.

écrit par Orsolya Jenei, Fatiman Alher and Tanimoune Mossi Garba

Timidria

Timidria

The Mapping for Niger team, on the occasion of Blog Action Day, visited Timidria, a Nigerien Association whose tireless efforts to abolish slavery in Niger deserve respect and recognition. But as cartographers we have not forgotten to do one important thing too: to put them on the map of Niger.

The Universal Declaration of Human Rights of 1948 recognizes that “all human beings are born free and equal in dignity and rights”. Here in Niger, not only do we realize that we are far away from this ideal, but also that some of us, more than you would think, live the unimaginable reality of modern-day slavery.

Timidria, which means brotherhood or solidarity in Tamasheq , is an association that covers practically the entire Nigerian territory and has fought against slavery since 1991. They have had impressive results despite facing a national slavery policy that speaks more about the importance of abolishing slavery than making actual ​​efforts, scarce funding opportunities, and the slow process of the judicial system.

In Niger, even though slavery was abolished in 1960, the practice still thrives. According to a national survey conducted by Timidria in partnership with Anti-Slavery International in 2002, the number of slaves in Niger can be up to 800,000 in a country of 11 million habitants. Other surveys give a more conservative, yet still shocking estimate, with 180,000 people living in slavery, or according to the 2002 census 43,000 people. This revealing research has pressured the government to criminalize the practice and an anti-slavery law was adopted in 2003 with a maximum prison sentence of 30 years. In 2008, with the assistance of Timidria, Interights and Anti -Slavery International, the Court of Justice of ECOWAS in the case of Hadijatou Mani Koraou, victim of slavery, found the Nigerien state responsible for the inaction to protect its citizen from slavery, and imposed a fine of 10 million franc CFA (20,600 USD).

But just to be able to imagine the lives of slaves behind these facts and numbers…

A slave can be used to all sorts of tasks. He or she cultivates the land of his master, and takes care of his animals. His/ her treatment is no different than that of the animals they look after. They have no possessions and can be sold at any time. They can be acquired in several ways: through capture by armed groups, purchase or barter, or even through inheritance. With 200,000 CFA (300 USD) can buy a slave from a family desperate for money.

The life of a slave is horror and he or she has to face insurmountable problems. They have no right to own land, inheritance and even when they pass away, they are buried in a different cemetery than that of their master. He has no right to have an opinion, can only marry a person of the same status and can be subject to physical, sexual and mental abuse. Among the examples of poor treatment recorded include being slapped, insulted, chained outside under the hot Nigerien sun or thrown in a well, made to undress in front of family etc… All of these abuses taking place under a system that will hardly protect you.

The practice persists due to the ignorance of human rights and civic duties of citizens. Social inequality, and manipulation via the false pretexts of culture or religion, has left slavery deeply engrained in society since the time of colonization despite the efforts of different associations and organizations to combat it. Slaves also often consider their master to be “a little god on earth” and think that disobedience to his master can lead to being curse, going to hell, or basically anything that we can imagine to be bad – so they stay and follow the rules. Not knowing your rights, not knowing that your life could be different, not knowing how to live without orders, seeing no chance to escape…

… is when we need help and assistance badly. Let’s only hope that our politicians recognize this and do their best to not to delay the resolution of this issue, and work to accelerate the resolution of this national disgrace.

article written by Orsolya Jenei, Fatiman Alher and Tanimoune Mossi Garba

 

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